12 décembre 2007

Ma lettre au Père Noël

Très cher Père Noël,

      Mon cher père Noël, j’ai longtemps cru en toi, très longtemps. Pas loin de cinquante ans… Et ce n’est peut-être même pas fini… Eh oui, si longtemps ! Attends, je m’explique… Je ne suis pas si naïf tout de même. Enfin, si, quand même, un peu : reprenons depuis le début. Tout gamin, comme les autres, je mettais mes chaussons sous le sapin scintillant et je dormais mal, cette fameuse nuit où tu devais m’apporter des joujoux par milliers… Et puis, un jour, à l’école, j’ai compris que c’étaient les parents qui mettaient les jouets. Logique, au fond : comment avais-je pu me laisser embarquer dans de telles sornettes ? Mais, le plus terrible, c’est que je n’en tirai pas la moindre leçon pour plus tard. Au catéchisme, à l’école, on me raconta des tas de belles histoires où se vérifiait toujours le proverbe « bien mal acquis ne profite jamais », où les menteurs étaient toujours punis et où l’honnêteté, la probité et la sincérité étaient toujours récompensées. J’y ai cru dur comme fer à ce monde de justice, j’y ai cru dur comme fer que les derniers seraient les premiers. J’y ai cru longtemps, très longtemps, sans me rendre compte que, sur la terre, en fait, ça ne marchait jamais comme cela, que les riches et les puissants mentaient régulièrement, sans jamais s’attirer les foudres divines, sans jamais avoir le moindre ennui, au contraire… Bien au contraire… Que la morale, on la réservait pour les enfants et pour les pauvres… Mais que dans les hautes sphères, dans les milieux de pouvoir, tout n’était que cynisme, calcul et dissimulation. Seul l’argent comptait. Logique, au fond… Là encore, j’aurais dû m’en douter. J’avais beau lire les journaux, je ne me rendais compte de rien. Mais c’était comme pour toi, vieil homme en rouge et blanc : j’avais envie d’y croire, parce que c’était beau. C’était une si belle idée… Un jour, j’ai rencontré l’amour, et j’y ai cru. J’ai cru à l’amour éternel, aux vibrants serments, aux amants de Vérone, aux baisers passionnés. J’y ai cru, longtemps, très longtemps. Et puis, un jour, je me suis rendu compte que ce que j’avais pris pour le grand amour n’était plus qu’une relation humaine d’une triste banalité au fond, avec son contingent de conflits de pouvoirs, de jalousie, de mesquinerie… Logique, en définitive… Comment avais-je pu croire en de telles fariboles ? Je voyais les couples se défaire, se déchirer autour de nous, mais je croyais dur comme fer qu’on était différents. Et pourquoi, Grand Dieu, aurions-nous été différents ? Pour quelle raison les choses ne se passeraient pas pour nous comme elles se passent en général sur la terre ? Pour quelle raison notre misérable vie aurait-elle la moindre chance d’être différente de celles des milliards d’êtres humains qui peuplent cette planète ? Parce que, là haut, au coin d’un petit nuage,  il y aurait un Dieu qui veillerait sur nous ? Sur nous, plutôt que sur les milliards d’autres ? Oui, mais, si je n’y crois pas un peu, un tout petit peu, au fond de moi, même sans vouloir l’avouer, si je n’y crois plus du tout à cette sorte d’élection, à cette sorte de privilège, de lumière sur mon chemin, est-ce que je puis continuer à vivre ? Tu vois, Père Noël, même moi, après tout ça, même moi, qui pensais être lucide, je n’ai pas encore fini de croire en toi… Tant que je serai vivant, il faudra bien, bon an, mal an, que je croie quand même un petit peu au Père Noël… Décidément, tu as encore de beaux jours devant toi…

Texte écrit pour les Impromptus littéraires...

Posté par Pierre Decriture à 10:38 - - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur Ma lettre au Père Noël

    Discussion philosophique

    Je ne peux que vous conseiller d'aller voir les premiers commentaires suscités par le texte sur les Impromptus littéraires. C'est l'amorce d'une fabuleuse discussion philosophique.

    Posté par Jean-Pierre, 13 décembre 2007 à 06:16 | | Répondre
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